Cette troisième université d’été aborde la question de la particularité des violences subies et commises par les femmes et illustre la complexité qui caractérise le champ de la Justice transitionnelle. Les femmes sont en effet trop souvent et rapidement associées à la figure de la victime dans des contextes de violences extrêmes, de guerre civile ou d’exercice d’un régime autoritaire.
La question des violences commises à l'égard des femmes, une réalité complexe
Cette assimilation repose sur la réalité des violences subies par les populations dites vulnérables dont les femmes sont supposées faire partie. Cette fragilité présumée interroge. Elle pose également la question de l’existence des « femmes » en tant que catégorie les englobant toutes de la petite fille à la vieille dame en incluant la jeune femme et la mère, toutes zones géographiques confondues. Cette typification des victimes fondée sur leur féminité est-elle justifiée et, si oui, par quels critères ? Résident-ils dans les particularités physiques des femmes, les structures sociales pesant sur elles, les formes de violence exercées à leur encontre et/ou leur motivation ? Ces critères agissent-ils spécifiquement en périodes de crises ? Plus encore, que disent-ils de la masculinité et des relations entre les sexes ? Si elle surgit spontanément, la question des violences commises à l’égard des femmes est donc en réalité complexe.
La commission d’exactions par les femmes est un phénomène bien moins étudié. Féminité et violence sont en effet bien souvent perçues comme un oxymore dans l’inconscient collectif et parfois scientifique. À l’occasion des grands procès de la Justice pénale internationale, il a pourtant été prouvé que les femmes peuvent, tout autant que les hommes, être des bourreaux ou des génocidaires, impliquées dans les systèmes concentrationnaires, voire dans la commission d’infractions sexuelles. Exercées contre des hommes ou d’autres femmes, parfois avec la même ampleur et la même cruauté, ces violences restent cependant minoritaires. Leurs mobiles et leurs éventuels particularismes doivent donc également être analysés.
Si elles peuvent être victimes et/ou auteures des violations graves des droits de l’Homme, les femmes peuvent enfin être actrices de la Justice transitionnelle. Elles sont parfois même perçues comme devant nécessairement jouer un rôle moteur en la matière. Si la recherche de la vérité, la mise en œuvre de la justice, l’octroi de réparations ou l’établissement de garanties de non-répétition ne sont naturellement pas l’apanage des hommes, la question de la spécificité du rôle des femmes mérite d’être posée. Sont-elles forcément militantes de la Paix, portées à la réconciliation et impliquées dans la reconstruction ? Portent-elles un regard différent sur la Justice transitionnelle et empruntent-elles des chemins particuliers pour y contribuer ? Surtout, leur apport leur permet-il de conquérir une place meilleure et plus égalitaire dans la société pacifiée et démocratisée ?
Ces questionnements sont fondamentaux pour les femmes, les hommes et leur vivre-ensemble, ainsi que pour l’explication et la compréhension des mécanismes de Justice transitionnelle.