L’année 2019 a été consacrée comme l’année internationale des langues autochtones. Les organisateurs de l’université d’été ont saisi cette opportunité pour la consacrer au thème « Peuples autochtones et Justice transitionnelle ».
Mais qu'est ce qu'un peuple autochtone ?
Le peuple autochtone est celui « qui est de la terre même », c’est-à-dire le « peuple premier ». L’ONU identifie néanmoins ces peuples par le régime et le traitement auxquels ils sont soumis : « exclus des processus décisionnels, dont nombre d’entre eux ont été marginalisés, exploités, assimilés par la force et soumis à la répression, à la torture et au meurtre lorsqu’ils se sont exprimés ouvertement pour défendre leurs droits ». Cette définition est révélatrice des discriminations et des violences extrêmes subies par les peuples autochtones, d’une part, et de la volonté de domination politique et culturelle qui les génèrent, d’autre part. Dès lors, l’intérêt d’analyser les relations entre Peuples autochtones et Justice transitionnelle est double.
Les Peuples autochtones ont, en premier lieu, droit, comme tous les individus, victimes de violences, à la vérité, à la justice, aux réparations et aux garanties de non-répétition, qui sont les raisons d’être de la Justice transitionnelle. Le recours à ces mécanismes spécifiques est ensuite consécutif de la nature des violences qu’ils subissent, qui sont tout à la fois graves et systématiques, demeurent généralement impunies et puisent leurs racines dans une histoire longue, complexe et conflictuelle. Ces violences ont donc un caractère indéniablement politique et nécessitent d’être élucidées et déconstruites afin qu’elles soient éradiquées pour l’avenir.
En second lieu, répondre aux violences subies par les Peuples autochtones questionne et renouvelle la Justice transitionnelle elle-même. Ils posent en effet la question cruciale de ses destinataires et notamment de ses bénéficiaires les plus vulnérables. Il s’agit en effet de trouver des solutions à même de garantir que des individus marginalisés, voire exclus, du pouvoir politique et souvent économique aient effectivement accès à des mécanismes institutionnels destinés à les protéger. Ces solutions doivent en outre permettre de rendre Justice non seulement à des individus, mais aussi à des groupes, car, si les membres des peuples autochtones peuvent être individuellement considérés comme victimes, leur victimisation est bien consécutive de leur appartenance à un groupe. Occulter cette dimension fondamentale équivaudrait à un nouveau déni de Justice et empêcherait une de prévenir la résurgence des violences. Le troisième défi posé à la Justice transitionnelle est enfin sa capacité à répondre à des violations multiples, car les atteintes portées aux membres des peuples autochtones incluent – outre les violences auxquelles la Justice transitionnelle est classiquement appelée à faire face – des violations graves à leurs droits économiques, sociaux et culturels. Leur rendre Justice implique donc la capacité de reconnaître et traiter l’ensemble de ces violations. Se pose dès lors notamment la question de la caractérisation et du sens du génocide culturel, caractérisé par l’intention de détruire un groupe par l’éradication de son identité, par des politiques conduisant à faire disparaître une langue, un mode de vie, un savoir, des mœurs, un modèle économique, etc.
Ces questions seront abordées au prisme des quatre piliers de la Justice transitionnelle, qui seront chacun l’objet de l’une des matinées. Les après-midis seront quant à elles destinées à des études de cas permettant de mettre en lumière la diversité des problématiques, mais aussi d’entendre acteurs et témoins. Cinq ateliers seront ainsi organisés autour des Touaregs, des Indiens du Canada, des Herreros-Namas, des Ouïghours et des peuples autochtones de Guyane.